Jean Hélion . Journal d'un peintre
Jean Hélion, dont l'exposition au Centre Pompidou (MNAM) vient de se terminer pour se prolonger à Barcelone puis à New York l'été prochain, a reçu les honneurs de la presse et des éditeurs littéraires au cours de ces derniers mois.
Il nous apparait opportun de citer le très intéressant "Journal d'un peintre" chez Maeght éditeur paru en 1992. Cet ouvrage se lit comme un journal intime, l'artiste y relatant son quotidien à travers des notes écrites entre 1929 et 1984.
Lui-même définit ce recueil comme une "fête de l'esprit", une agitation intérieure créée par ses propres enchantements ou ses doutes d'artiste, nous montrant ainsi sa quête de recherche permanente.
voici quelques notes choisies au hasard:
30 mars 1933 . La supériorité de la nature est d'offrir le maximum de complexité de rapports. C'est vers elle que je vais à grand pas. Je m'en rends compte chaque fois que j'augmente mes éléments. Je n'imagine pas du tout comment se fera la rencontre, ni même si elle se fera de mon vivant ou à travers mes successeurs.[...]
New York, 23 janvier 1934 . On ne peut pas expliquer la peinture, on ne peut que la décrire. On ne peut qu'isoler un élément du tableau et, par rapport à lui, montrer l'enchaînement et le développement des autres, dans les deux sens.[...]
1er septembre 1934 . Pour agrandir un tableau, il faut agrandir la source d'inspiration. [...]
10 janvier 1935 . J'ai commencé à dessiner, c'est à dire à concevoir. C'est étrange à quel point, dans mon processus de reconstruction du monde, j'approche parfois de la nature et, par un minuscule déplacement des formes, à quel point je m'en éloigne.
28 avril 1935 . Ma peinture est en branle.[...] L'espace est provisoirement, miraculeusement, rempli de lumière. [...]
19 octobre 1936 . De mâle rage, je me suis mis à dessiner des volumes, [...] il faut que mes nerfs et mon âme supportent toute ma raison. [...] Je vais vers la nature [...] La nature en grand, je la comprend parfaitement; en "morceaux", je n'y comprends rien[...] Alors je saigne.
21 avril 1937 . Que de joie j'éprouve à m'enfoncer dans de l'espace, à le creuser, le modeler, le contraster.
12 septembre 1937 . Faire travailler des éléments, c'est rendre évidente la succession de leurs oppositions.[...]
à suivre